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L’OEUVRE EPONYME
DE GERALDINE FASENTIEUX
Les peintures dites combinatoires de Géraldine Fasentieux, appelons-les
ainsi, plutôt que de techniques mixtes, sont des œuvres hybrides, qui
participent de plusieurs styles, genres et ensembles, qui associent à la
pratique de la peinture, celle du collage, du grattage, du flouttage et de
l’assemblage d’éléments les plus inattendus dont l’écriture qui, sans
expliquer, ajoute à la dimension artistique, par l’irruption d’une pensée
personnelle.
Clin d’oeil à Robert Rauschenberg, la peinture de Géraldine submerge
brutalement l’univers du regardant, l’interpelle comme de véritables rébus
visuels et, en conséquence, déconstruit son faisceau de certitudes,
d’images, d’idées standardisées et d’a priori.
C’est
ainsi qu’avec elle nous regardons l’Amérique, le monde urbain et particulièrement
New York.
Utilisant
la technique du transfert d’images, sur différents supports, jusqu’à la sérigraphie
sur tôle rouillée, Géraldine y laisse affleurer sa passion pour la
photographie, son autre regard sur le Nouveau Monde qui nous apparaît alors
comme un Monde Nouveau.
Ses
œuvres ressemblent à des miroirs où s’inscrit, par différents procédés,
sa passion pour New York, : transferts, montages et intrusions de toutes
sortes. Et, en même temps, ces miroirs sont déformants comme des anamorphoses
et donnent à voir, grâce aux supports, à l’image et à la peinture, ses étonnantes
capacités créatrices.
Les
surfaces sont accidentées, recouvertes de coupures de journaux, de vieilles
photographies et de morceaux d’affiches. La peinture recouvre le tout sous la
forme de coulures ou d’à-plats colorés. Ainsi, les œuvres de Géraldine
sont insaisissables au premier coup d’oeil et réclament la multiplicité des
regards, permettant ainsi un libre cheminement dans sa peinture.
Ainsi,
son geste de peindre fait barrage à la soumission et surtout à l’abrasion de
l’humain au milieu de l’anonymat déprimé d’une grande ville comme New
York. C’est une manière d’interroger le sens dans le reflet ironique des
apparences. C’est la lentille,
comme le définissait De Quincey, au travers de laquelle nous observons
l’interaction des forces sociales et technologiques dans un esprit sensible et
perceptif.
C’est une manière de saisir dans l’éphémère désordre d’une grande cité,
l’éternel défi d’exister. « Je ne fais que passer »
pouvait-on lire en 1987, graffité sur un mur du Boulevard de La Chapelle, sous
la signature de Miss-Tic, avec le sentiment qu’il faut « Tout
achever, sauf le désir ».
Géraldine,
elle, ne fait pas que passer : elle emprunte au réel des images, des
odeurs, des souvenirs, des réminiscences, des sensibilités qu’elle
transforme ensuite en réalité, celle de son œuvre qui devient ainsi un véritable
palimpseste. Déconstruisons-le, nous, les regardants, explorons les diverses
couches, soulevons délicatement les différents voiles et nous y trouvons –
au-delà de l’image première et de sa complétude – les bonheurs, la
fascination et le désir de l’Amérique, les jouissances, les souffrances, les
larmes, le sang, les sacrifices : le tout exprimé avec ces mêmes
sentiments que Géraldine porte dans son cœur et dans son corps : New-York,
l’Amérique, sans finalité, ni fin.
Gérard
Pisana, Juillet 2007
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